Romain salut Léopold
ADIEU, LÉOPOLD !
Tu étais à ma droite
Dans la salle d’étude
Nous étions jeunes et rêveurs.
Tu avais un sens discret de l’humour.
Un soir, je te voyais perdu
Dans d’interminables calculs.
Soudainement, tu me jetas un coup d’œil
Et avec ce sourire plein de plaisir
Tu me demandes avec sérieux :
«Sais-tu combien il y a de mouches
mises bout à bout
de la terre jusqu’à la lune?»
Avant que je ne réponde,
Il me montra sa feuille de calculs
Avec en bas le nombre de mouches requis
Pour franchir pareille distance…
Un autre soir à l’étude
Notre coin de travail et de lecture
Se trouva subitement sous l’emprise
D’une agitation inhabituelle :
Une souris venue de je ne sais d’où
Se déplaçait allègrement
Sans que personne n’ait pu
L’intercepter et l’écraser, exception faite
D’un talon soigneusement appliqué
Par toi, Léopold, avec cette sorte d’adresse
Insouciante et amusée que nous laissa tous bouche bée.
Surprise! Quand tu levas ton pied
Pour prendre connaissance de ton exploit,
Rien ne s’y trouvait…!
Les regards se croisèrent avec incrédulité.
Et le silence gagna graduellement les bureaux
Jusqu’à la fin de l’étude.
***
La montée au dortoir se fit comme d’habitude.
Des dizaines de marches à monter,
Une odeur de draps et de savon,
Le bruit des portes des vestiaires
Mêlé à celui des chantepleures…
Comme à l’étude, je suis à ta droite
Puisque nos vestiaires se côtoient.
Quel son étouffé et insolite fit la souris
Quand elle tomba de ta chemise
En sortant celle-ci de ton pantalon.
Tu me regardas et tu osas me dire
- étais-tu vraiment étonné ? je ne le saurai jamais :
« Tiens, elle était là !»
***
Adieu, Léopold !
Tu fus docile à la vie,
Fidèle à tes rêves et à tes confrères,
Amoureux du quotidien fait de choses simples…
Avoir été ton confrère
Fut une constante découverte
D’un être émerveillé de tout
Et rempli d’une tranquille sagesse !
Ton confrère d’étude et de vestiaire
Romain Rousseau

Salut
Jean-Paul

